07 noir pastoureauEntre deux ouvrages consacrés au bleu et au vert, Michel Pastoureau se propose ici de présenter l'histoire de la couleur noire. Mais le noir peut-il vraiment être une couleur si on considère qu'il est absent du spectre de Newton et des couleurs de l'arc-en-ciel ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'une non-couleur, c'est-à-dire d'une couleur qui n'existerait qu'en opposition à une autre couleur, à savoir le blanc ? Le débat relaté par Pastoureau puise ses sources dans les récits de la Création, il est à couteaux tirés, et provoque dans l'esprit du lecteur un questionnement acharné.

            Pastoureau le rappelle comme une évidence qui nous aurait échappé, tant notre œil occidental est noyé par les images d'un monde fondé sur le visuel. Mais la perception d'une couleur évolue, parfois radicalement, selon les époques, les cultures, ou les lieux. Le noir n'échappe pas à ce constat : nous savons qu'aujourd'hui cette couleur est signe du deuil en Occident, alors que l'Orient lui préfère le blanc pour pleurer ses défunts. Mais circonscrivons-nous à notre société occidentale et remontons le temps à la découverte du noir.

            Le noir, dit la Genèse, est la couleur primordiale, celle qui régnait avant que Dieu ne sépare la lumière et les ténèbres. Si la vie apparaît avec la lumière, c'est que le noir est synonyme de mort et désigne un milieu hostile à la vie. Le Moyen-Âge a construit sa représentation du noir sur ce substrat antique et a associé le noir aux morts, aux enfers, et in fine, au diable. Seuls les moines, à la suite de saint Benoît, ignorent le mépris subi par le noir, et lui donne une autre signification, celle de l'humilité, mais aussi... de la mort au monde.

            Il faudra attendre la fin du Moyen-Âge pour que le noir prenne sa revanche : les Protestants l'arborent et le promeuvent. Il se propage jusqu' à devenir une couleur curiale et royale (souvenons-nous de Philippe II ou de Charles Quint). Les progrès de l'imprimerie et de la teinturerie contribuent à la propulsion du noir, qui devient incontournable. Cependant, les découvertes scientifiques d'Isaac Newton, au milieu du XVIIe siècle, en font une couleur à part, absente du spectre chromatique.

            Parcourant le XXe siècle des arts et des sports, Pastoureau s'interroge : « Le noir serait-il enfin devenu une couleur moyenne ? Une couleur neutre ? Une couleur comme les autres ? »

           

            Référence : PASTOUREAU, Michel, Le noir, histoire d’une couleur, Seuil, 2008

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