2017 01 27 elisabethAu réfectoire, nous avons lu Elisabeth de la Trinité, de Conrad de Meester. L’auteur, carme déchaux, a écrit plusieurs ouvrages sur Thérèse de Lisieux, et surtout il a réalisé la magnifique édition critique des Œuvres complètes d’Elisabeth de la Trinité (Cerf, 1996). Cette biographie de 700 pages consacrée à la carmélite de Dijon, béatifiée par Jean-Paul II en 1984, est d’une exactitude terrible, d’une précision redoutable : l’enfance et la jeunesse d’abord, sont scrutées avec un soin extrême. C’était peut-être nécessaire, car Elisabeth entre au carmel à 21 ans et meurt à 26 ans. Si bien que dans le livre, Elisabeth n’entre au carmel qu’à la page 403, autant dire que le lecteur était devenu un peu impatient.

 

Personnellement – je dis bien que c’est un avis personnel – je suis resté un peu sur ma faim. Car l’auteur a suivi scrupuleusement la chronologie, documentée par des lettres abondantes, citées d’ailleurs à bon escient. Mais sa démarche lui a interdit de traiter à fond un certain nombre de questions et de problèmes que pose la vie d’Elisabeth Catez. Il aurait fallu, par exemple, regrouper et analyser en profondeur le matériau documentaire sur les rapports mère-fille, compliqués, ambivalents. Il aurait fallu parler longuement du deuil qu’Elisabeth a du faire de Mère Marie de Jésus Mercier, mère désirée, qui ne l’emmène pas à la fondation nouvelle de Paray-le-Monial et « l’abandonne » à Dijon, parce qu’on n’ose pas l’éloigner de Madame Catez éplorée et possessive. Même les pages sur le P. Vallée, le dominicain en vogue dans les carmels du temps, manquent de chair : il y aurait beaucoup à dire sur ce prédicateur haut en couleur.

Les pages sur la maladie et la mort d’Elisabeth, spécialement, manquent d’un contexte culturel sur les soins de l’époque, et d’une description clinique sérieuse de la maladie d’Addison, elles manquent même d’un contexte proprement carmélitain. La lecture de centaines de circulaires nécrologiques du carmel français du XIXe siècle m’a enseigné qu’on aurait pu dire bien des choses sur la manière dont on souffre et meurt au carmel : Thérèse de Lisieux et Elisabeth de Trinité sont un peu l’arbre qui cache la forêt, une forêt de milliers de femmes qui ont connu la situation de la jeune sainte de Dijon.

Bref, il faut revenir à la belle édition critique des Œuvres, et saluer cette biographie comme un document de départ. Il y a encore beaucoup à faire.

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