manuscrit augustinLe 16 mai dernier, au Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), le frère Hugues a soutenu son mémoire de master de théologie patristique, devant Isabelle Bochet s.f.x. et Michel Fédou s.j. Il nous en présente succinctement le contenu :

« Le genre humain est malade, non d’une maladie corporelle, mais de ses péchés ; […] c’est pour guérir ce malade que le tout puissant médecin est descendu des cieux » (Sermon 87, 11) : les lecteurs d’Augustin sont habitués à cette métaphore médicale, omniprésente dans son œuvre. Personnellement, peut-être du fait de ma formation médicale antérieure, je m’interroge depuis longtemps sur les raisons d’un tel usage : Augustin se contente-t-il de reprendre un banal lieu commun de la culture antique, ou emploie-t-il aussi fréquemment la métaphore médicale pour des raisons plus profondes ?

Outre l’image déjà fort étudiée du Christ comme médecin (Christus medicus), l’évêque d’Hippone recourt également très fréquemment de la métaphore médicale au sujet de la grâce, c’est-à-dire du don gratuit que Dieu nous fait pour nous permettre de le suivre. Cette métaphore de la « grâce médicinale » (gratia medicinalis) est particulièrement présente dans un traité écrit en 415, La Nature et la grâce (De natura et gratia), dans lequel Augustin s’oppose à un hérétique contemporain, Pélage, qui tient que les capacités de notre nature humaine suffisent à la possibilité d’être sans péché. Ce traité d’Augustin présente par ailleurs l’intérêt de comporter une interrogation d’Augustin lui-même sur la pertinence de la métaphore médicale : il se demande ainsi, au §29 « si cette comparaison vaut pour les problèmes dont nous traitons ». Mon mémoire a donc simplement essayé de répondre à cette interrogation d’Augustin, en analysant l’emploi de la métaphore médicale au sein du De natura et gratia, pour en éclairer les motifs.

Il me semble possible de distinguer quatre motifs principaux d’usage de la métaphore médicale au sein du De natura et gratia. Elle permet tout d’abord d’insister sur  la nécessité du salut apporté par le Christ : « comment, en effet, apporterait-il le salut, là où n’existe aucun malade ? » (§22). Elle décrit en outre l’action possible d’un mal sur un mal : de même que parfois « la douleur peut être guérie par la douleur » (§32), de même le péché de l’orgueil est-il atteint par nos péchés. Par ailleurs, contre Pélage qui assure que notre nature est aussi bonne qu’à l’origine, Augustin insiste sur le fait que la « nature humaine intègre et saine, présentement, nous ne la possédons plus » (§56). Enfin, la métaphore médicale explicite l’atteinte de notre corps par le péché. S’appuyant notamment sur Rm 7,  4 (« Qui me délivrera du corps de cette mort ? »), Augustin insiste sur les conséquences corporelles (mortalité, souffrance, concupiscence) du péché spirituel : dans ce cadre, la grâce qui libère du péché guérit aussi notre corps des conséquences du péché.

J’ai ensuite mis en perspective ces résultats obtenus par une analyse spécifique du De natura et gratia avec la théologie augustinienne de la grâce (telle qu’elle apparaît plus généralement dans son œuvre) : chez Augustin, la métaphore médicale apparaît ainsi particulièrement pertinente pour décrire l’action de la grâce, qui nous transforme intérieurement, selon une coopération asymétrique, en passant par le corps pour atteindre l’esprit.

Certes conditionné par le contexte historique et polémique, l’usage de la métaphore médicale n’a cependant pas perdu toute actualité. Comme le rappelle la dernière exhortation du pape François, nous sommes en effet toujours tentés, comme Pélage, de faire confiance uniquement à nos propres forces, ignorant « qu’en cette vie les fragilités humaines ne sont pas complétement et définitivement guéries par la grâce. Comme l’enseignait Augustin, Dieu t’invite à "faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas" » (Gaudete et exsultate, §49, citant justement De natura et gratia, §50 !).

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