Le Père abbé,
la communauté des chanoines réguliers de l’abbaye de Mondaye

confient à votre prière


Frère Jean-Marie (Bernard) Lerouge

Chanoine régulier de Prémontré

décédé le 14 mai 2019

à l’âge de 92 ans,

après 66 ans de vie religieuse.

Les obsèques seront célébrées 

le samedi 18 mai à 10h30

à l’abbaye Saint-Martin de Mondaye

F- 14 250 Juaye-Mondaye


Requiescat in pace. Amen.

 

Bernard Lerouge est né dans une petite commune rurale du Cotentin, à Saint-Patrice de Claids, le 27 septembre 1926, au sein d’une famille nombreuse de modestes agriculteurs chrétiens. Baptisé le jour même – avec lui, toute sa vie, il ne fallait pas traîner ! – il a pour marraine Albertine Malassis, qui deviendra Sr Marie de la Trinité chez les religieuses de la rue d’Ulm à Paris. A la ferme paternelle, on parle patois. A l’automne 1939, lorsqu’il entre à l’école Germain de Coutances, on veut lui faire apprendre le latin et le grec, mais une cousine, plus réaliste et munie du brevet supérieur, se charge surtout de lui apprendre la grammaire française, avec la lecture intensive de Sans famille d’Hector Malot. 

Très vite, c’est l’Occupation : le directeur et les professeurs sont appelés sous les drapeaux, les écoliers sont promenés du Tribunal à la Maison des Œuvres, on se débrouille, on fait les « récréations » sur la route, en marchant deux par deux. En 1942, il entre à l’Ecole Apostolique de « La Guerrie », sur la route de Saint-Lô, à Coutances, puis de 1944 à 1946 au château d’Equilly. Le 27 septembre 1946, le jour de ses vingt ans, il entre au grand séminaire de Coutances, études interrompues par le service militaire en Allemagne. En 1951, malgré un attachement farouche à son diocèse, il prend une grande décision, et entre au noviciat de l’abbaye de Mondaye. Si j’ai voulu franchir le pas, c’est que j’avais peur d’être curé tout seul, dans un presbytère. J’avais besoin, pour me sanctifier, de la vie commune. Délicat, son évêque Mgr Guyot vient le visiter au noviciat « pour voir s’il allait être à l’aise à l’abbaye ». 

Profès solennel le 30 septembre 1956, il est ordonné prêtre le jour même ! Il commence son ministère dans la petite paroisse de Trungy, confiée à l’abbaye depuis le XIIIe siècle. S’ensuit alors la longue série des ministères successifs où frère Jean-Marie, homme simple mais bon serviteur, très zélé, se révèle ami des âmes et pasteur dévoué. Le Seigneur a été avec moi jour et nuit, dira-t-il lors de son jubilé sacerdotal, cinquante ans plus tard.

En 1961, il est envoyé au prieuré Saint-Julien de Caen. Il y passe onze ans, sillonnant les quartiers pauvres de Caen, organisant le patronage pour des enfants et des jeunes (la fameuse « Cordée » des 14-15 ans), accompagnant les Scouts et Guides de l’époque. Vient le concile Vatican II, avec sa réforme de la liturgie et du catéchisme : fr. Jean-Marie n’épargne pas sa peine pour former les catéchistes de Caen aux « nouvelles méthodes ». Puis il rentre à l’abbaye. 

En 1973, il quitte sa chère Normandie pour rejoindre le prieuré de Noisy-le-Grand, en région parisienne. C’est alors une petite déception, qui devait cependant décider de ses ministères à venir : il pensait s’occuper des jeunes, mais ce sont les Anciens qu’on lui confie. Du coup, toute sa vie, il sera proche des anciens. Quand il rentre à Mondaye, en 1976, on le charge, pendant dix ans, des paroisses de l’abbaye. Curé attentif, « connaissant l’odeur des brebis », comme dit le pape François, il fait merveille. Ce petit homme aux pas rapides, pressés même, est aussi aumônier de la « Vie montante », comme on disait alors, et des Handicapés de la maison d’Ellon : les pensionnaires de la maison l’appellent affectueusement « Monsieur La Fête » à cause d’un refrain qu’ils chantaient souvent ensemble.

En 1986, il est aumônier diocésain du Mouvement Chrétien des Retraités (MCR), une tâche accomplie avec bonheur jusqu’en 1997. Pendant cette décennie, il est également hôtelier de l’abbaye, charge qui lui fit connaître tant de monde. Comme il ne sait pas refuser le service, il accepte aussi, à partir de 1992, la responsabilité des paroisses de Lingèvres, Hottot-les-Bagues et Longraye. En 1995, nouveau changement dans sa vie. Frère Jean-Marie quitte l’abbaye, « ses roses et son jardin », dont il aimait tant s’occuper, dès qu’il avait un instant de liberté, pour gagner le prieuré Saint-Pierre, à Caen. C’était un « centre spirituel » voulu par l’évêque Mgr Badré, pour être lieu d’accueil et de prière au cœur de la grande ville. Il devait y rester dix nouvelles années. Ce furent des années intéressantes pour lui, spécialement parce qu’il devint, à partir de 1997, aumônier du Centre anti-cancéreux de Baclesse, au CHU de Caen. Ce fut un service très riche, dans le monde des souffrants. Il fallait voir avec quel enthousiasme fr. Jean-Marie attrapait son tramway, chaque après-midi, pour aller visiter « ses » malades, les réconforter, avec compassion, avec humour, avec profondeur. Dans  le même temps il participa à la création de Lourdes-Cancer-Espérance (LCE) qui lui fit retrouver avec bonheur le chemin de Lourdes, qu’il avait pris si souvent autrefois avec ses paroissiens. A Baclesse comme à « LCE », il était à l’écoute des malades, des familles, du personnel.

En 2005, frère Jean-Marie est rentré à l’abbaye, pour commencer une paisible retraite, ponctuée de pèlerinages, de l’accompagnement du MCR local, des mille services que rendent nos frères anciens. Très attaché à sa famille, il a la douleur de perdre ses frères de sang, mais « Tonton-l’abbé » comme on l’appelle chez lui, se réjouit des naissances familiales, en arrière-grand-oncle très attentionné ! En 2013, doyen de la communauté – et fier de l’être – il invite l’abbé général de l’Ordre à venir présider son « jubilé de diamant » de profession à Mondaye. Lequel prélat vient tout exprès de Rome… mais quand il arrive pour la fête, plus de frère Jean-Marie, qui s’est cassé la veille le col du fémur. Du coup, on « jubile » à l’hôpital.

Les dernières années, le petit homme pressé a ralenti le rythme. Sa canne l’aide à deviner le dallage inégal du dormitorium et du cloître : il est fidèle à la prière, de longues heures à l’église, et au confessionnal. Dans une belle conférence donnée en 2008 intitulée « La vie est un dépouillement » il dit : La vieillesse n’est pas une maladie, c’est une aventure. Le cœur n’a pas de rides. Je perds l’ouïe, la vue, la mémoire n’en parlons pas. Quitter ses amis, ses fidèles, ses responsabilités, ce n’est pas facile, mais c’est le temps du pardon, de l’action de grâce. Et le Seigneur me donne des signes sensibles de sa tendresse. Les jeunes frères qui le visitent le matin dans sa cellule reçoivent l’émouvant témoignage de sa fidélité à la lectio divina : frère Jean-Marie est à sa table, promenant doucement sa loupe sur la Bible ouverte, en grands caractères. Les derniers mois, devenu d’une souriante docilité, il perd un peu le nord, mais pas l’humour. A Lourdes, en août 2018, il fait son dernier pèlerinage, à 92 ans, tout heureux dans sa voiturette de malade. Il fait très chaud, et frère Bernard, aide-soignant si attentionné avec lui, raconte au retour qu’il lui a proposé, un après-midi, un jus d’orange : « Oh, fait frère Jean-Marie, je préfèrerais un verre de porto ! » Et les deux compères de passer illico… de la grotte au bar.

Il s’éteint paisiblement à Mondaye, le 14 mai 2019, en la fête de saint Matthias, apôtre, dans sa 93e année, la 66e de sa profession religieuse.

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