latulu psaumes romerAu cœur de toutes nos liturgies, nous prions les psaumes. On vous a peut-être souvent rabattu les oreilles, en vous disant qu'il était grand et beau de prier les psaumes, car lorsque nous reprenons ces chants de louange, nous prions Dieu avec les mots de Dieu, puisqu'ils font partie de la Bible. Il est vrai d'ailleurs, qu'à la messe, nous aimons le moment où l'orgue donne les premières notes des refrains que nous connaissons par cœur (« Aujourd'hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur », pendant le carême, par exemple). Nous aimons ce moment, parce qu'il nous est familier, et que nous savons qu'il amorce un moment de louange. Et quoi de mieux que de louer le Seigneur ?

Sauf que...nous pouvons parfois être légitimement désarçonnés par les mots que nous prononçons. Prenons l'exemple du psaume 137, dont la finale est franchement étonnante pour un chant de louange : « O Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ; heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc ! » Quoi donc ? Moi, en train de prier, je pourrais prononcer de telles paroles ? Mais comment l'Église a-t-elle pu reconnaître le caractère inspiré de tels psaumes ? Arrivé à ce stade de la réflexion, on n'est pas loin de proférer le poncif si souvent entendu : « le Dieu de l'Ancien Testament est violent, celui du Nouveau Testament est plein d'amour », et d'oublier que la Bible chrétienne est composée des deux Testaments.

Ce sont ces psaumes-là, dans lesquels la parole de Dieu reflète la violence, que Thomas Römer étudie, pour essayer de les comprendre. Cet essai, modeste par le volume, mais grand par le projet, fait comprendre au lecteur pourquoi la violence habite certains passages de la parole de Dieu. Dans le chapitre consacré au psaume 137, vous comprendrez ainsi qu'il émane sans doute d'un groupe de femmes de Jérusalem ayant connu la chute de leur cité en 587, sous les coups de l'affreux Nabuchodonosor, et qu'avant l'exil à Babylone, elles ont vu leurs maris et leurs enfants mourir dans d'atroces combats. Ainsi, ce psaume fait perdurer le cri de souffrance de mères dont les familles avaient été massacrées.

L'histoire de la communauté d'Israël, qui s'exprime au fil des pages de l'Écriture peut donc rendre compte du contenu parfois violent de la Bible. Mais l'invitation de Römer ne se limite pas à une contextualisation des textes, par ailleurs nécessaire. Dans l'essai, dont nous nous sommes délectés au réfectoire, une question sourd : cette violence, exprimée par certaines des plus belles pages bibliques, n'est-elle pas aussi bien souvent la nôtre ? N'est-elle pas l'expression du péché, niché au plus profond du cœur de l'homme ? Moi qui m'indigne de proférer les paroles du psaume 137, n'ai-je jamais souhaité voir mes ennemis se débattre dans les souffrances ? Hier, Paul Beauchamp a aussi travaillé la question de la violence biblique, et il avait émis cette riche idée : la violence, dont la Bible n'est pas exempte, permet de désamorcer notre propre potentiel de violence, dans la mesure où elle est remise à Dieu, qui travaille nos cœurs et les fait fructifier pour sa plus grande gloire.

Il ne saurait donc être question d'ignorer les passages violents de la Bible, ou de l'en expurger. Nous ne saurions faire le tri de la parole de Dieu, mais nous devons l'assumer pour ce qu'elle est, et ne pas craindre les remises en cause qu'elle produit par les dérangements possibles que sa fréquentation ne manque pas de faire naître. Telle est l'affirmation fondamentale de T. Römer, à laquelle nous souscrivons volontiers, car elle est la seule à honorer justement la Bible comme parole de Dieu condensant toutes les émotions qui habitent notre cœur : « Le chemin vers la confiance ne peut faire l'économie de l'énonciation et de l'articulation de tout ce qui fait obstacle à la confiance. Pour passer à la louange, à la paix avec Dieu et avec autrui, il est nécessaire de surmonter la détresse, ainsi que les désirs de vengeance et de violence. Les psaumes, n'en doutons pas, peuvent nous accompagner sur ce chemin » (p.89).

Thomas Römer, Psaumes interdits. Du silence à la violence de Dieu, éditions du Moulin, 2007, 89 p.

 

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