Frère Gildas vous propose une méditation des l'évangile du cinquième dimanche de Carême.

« Ils parlaient ainsi dans l’intention de lui tendre un piège » Jn.8, 6a

Le pharisaïsme était né de la volonté de répondre à l’appel des prophètes par un retour à l’application de la Loi.

 

Dans la situation exposée dans l’évangile, la Loi prescrivait la peine capitale par lapidation en cas d’adultère. Mais le texte précis du Deutéronome en 22, 22 dit : « Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront : l’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même. Tu feras disparaître d’Israël le mal ». Or, ici, seule la femme est conduite à Jésus… Arrangement ou entorse à la Loi ? Alors que les scribes et les pharisiens sont censés avoir le souci d’une application stricte de la Loi…

Comme nous le voyons en bien d’autres scènes de l’évangile, un légalisme rigoureux conduit à des sentiments d’orgueil spirituel qui se manifestent par des attitudes de mépris pour les gens simples, car ils se glorifient, eux, d’être des justes ; pensons à la parabole du pharisien et du publicain. C’est pour cela que le Christ sera sévèrement critiqué parce qu’il fréquente les publicains et les pécheurs.

En demandant à Jésus de trancher sur le cas de la femme adultère, les scribes et les pharisiens espèrent bien le mettre dans l’embarras : ou bien il va donner son accord pour l’application de la Loi et alors il va enfermer cette femme dans sa faute… Lui qui « est venu chercher et sauver ce qui était perdu »… ou bien il va se mettre en contradiction avec la Loi s’il fait œuvre de pardon.

 

« Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. »Jn.8,6b

 

L’attitude de Jésus, ses paroles, sont géniales, il n’y a que l’amour qui peut en être la source.

En effet, il ne parle pas de l’application de la Loi mais il renvoie les scribes et les pharisiens à eux-mêmes et il les touche en un point particulièrement sensible du fait qu’ils prétendent être des justes, il va les renvoyer à ce qui entache leur conscience profonde. De fait, nul d’entre eux n’ose se prétendre sans péché, car cela les aurait fait eux-mêmes démentir l’Ecriture suivant laquelle nul homme n’est innocent.

Face à eux, le Christ manifeste l’immense miséricorde de Dieu qui désire tellement que tout homme se convertisse et revienne à lui avec « un cœur brisé et broyé » (Psaume 50).

Cette scène de l’évangile évoque une très belle parabole qui, avec la lecture symbolique que nous pouvons en faire, manifeste la mission de salut pour laquelle le Père a envoyé son Fils.

 

« Personne ne t’a condamnée ? »… « Combien dois-tu à mon    Maître ? »

C’est la Parabole de l’Intendant Infidèle en Luc, 16,  1 – 8. Jésus n’explique pas cette parabole comme il le fait pour la parabole du Semeur mais nous pouvons  en décrypter facilement les symboles.

L’homme riche, comme en d’autres paraboles le Père, le Maître,… c’est Dieu. Le gérant « accusé de dilapider ses biens »,  c’est l’Homme à qui, aux origines, Dieu avait donné la gérance de toute la création (Genèse, 1, 28-31). Mais l’homme a tout « dilapidé » en se laissant prendre par le tentateur dans les filets de la convoitise. L’homme se trouve dépouillé, « nu », oui leurs yeux s’ouvrent mais sur leur nudité. Et il ne peut plus rendre compte de ce qu’ils ont fait : ce n’est pas moi, dit l’homme « c’est la femme que tu as mise auprès de moi ! » et la femme répond : ce n’est pas moi, « c’est le serpent qui m’a séduite… » Gen. 1, 12-13.

Mais, dans son Amour infini, Dieu n’abandonne pas l’homme :

« Comme il avait perdu Ton amitié

En se détournant de Toi, Tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort…

Tu as tellement aimé le monde,

Père Très saint,

Que Tu nous as envoyé Ton propre Fils

Lorsque les temps furent accomplis

Pour qu’il soit notre Sauveur ». (Prière Euch. IV.)

Et Saint Paul dira :

« Ce qui était impossible à la Loi,

Car la chair la vouait à l’impuissance,

Dieu l’a fait :

En envoyant son propre Fils

Dans la condition de notre chair de péché… » Romains 8, 3.

Quel réalisme du mystère de l’Incarnation ! : « Verbe fait chair »(cf.S.Jean), le Fils de Dieu a assumé une humanité incapable de rendre des comptes…

Lui, Jésus, saisi par l’Esprit, a transformé son humanité, il rendra des comptes à son Père :

« Je T’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que Tu m’as donné à faire » Jean, 17,4.

Mais si le Fils de Dieu, Verbe fait chair, a assumé « notre humanité «  dans son incapacité de rendre des comptes, c’est pour nous « convertir », pour nous donner la capacité de rendre des comptes.

Mais Jésus a une drôle de manière de nous donner de rendre des comptes, c’est de remettre nos dettes :

« Combien tu dois ?... » Efface… Va… !

Nous pouvons alors retrouver la scène de l’évangile :

« Jésus resta seul avec la femme en face de lui.

Il se redressa et lui demanda :

‘Femme, où sont-ils donc ? Alors, personne ne t’a condamnée ? »

Elle répondit :’Personne, Seigneur’

Et Jésus lui dit : ‘Moi non plus, je ne te condamne pas,

Va et désormais ne pèche plus ! » Jn.8, 10-11

 

‘Combien tu dois ?... Efface… et Va !...’

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