Dieu est comme « un homme parti en voyage ». C’est d’ailleurs fou ce qu’il voyage, cet homme dont parle Jésus. Il loua sa vigne à des vignerons et partit en voyage (Mt 21) Il est comme un homme partant en voyage (Mt 25), Il partit en voyage pour un temps assez long (Luc 20). Il a vraiment la bougeotte, il est toujours parti en voyage. Et certainement, le sens caché de ces voyages permanents, de ces longues absences momentanées, c’est un sens heureux pour nous. J’aime que Dieu parte en voyage, et nous laisse la maison. Ces voyages veulent sans doute dire que Dieu ne nous piste pas, ne nous flique pas, il n’est pas derrière notre dos à surveiller chacun de nos faits et gestes. Le Seigneur a confiance. Il nous croit responsables, adultes, sérieux, capables.

A l’intérieur de nous, d’ailleurs, au plus profond de nous, il a inscrit tout le nécessaire pour vivre droitement, justement, il a mis un cœur capable d’aimer, il a mis une conscience éclairée, car nous savons, du dedans, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Nous sommes tout prêt, au-dedans, pour une vie belle, juste, pour un « sacrifice saint, vivant, qui plaise à Dieu ». Dans l’évangile de ce matin, Jésus dit que le maître, en partant en voyage, « a donné tout pouvoir à ses serviteurs ». Ca n’est pas une condition d’esclave, cela. C’est une condition magnifique. C’est vrai que Jésus dit aussi que ce maître a « fixé le travail de chacun », mais c’est une feuille de route. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est juste une feuille de route. Ensuite, la mise en œuvre dépend entièrement de nous. La vérité reste qu’il donne à chacun « tout pouvoir », et tout pouvoir, c’est beaucoup ! Avec tout pouvoir, tu peux aimer ton prochain ou tu peux le trucider. J’avais un ami, en prison, qui avait jeté son voisin qui l’énervait par la fenêtre. On a toujours le choix, évidemment. Il me disait : « Tu sais, c’était que du deuxième étage. Mais les immeubles anciens, c’est haut, ça pardonne pas ». Je reviens à mon propos. Avec « tout pouvoir », tu peux aimer la terre et la protéger ou tu peux faire sauter la planète. Avec les biotechnologies, tu peux sauver l’homme ou détruire l’humanité. Nous choisissons, somme toute librement et cette liberté est certainement un danger. C’est risqué de la part du maître, mais Lui, le Seigneur, il a plutôt confiance, et il part en voyage. Que le portier veille à la porte, lui, il part !

Je pense souvent à cette liberté que j’ai, chaque matin, chaque nouveau jour, de faire le bien ou de pas le faire. J’aime choisir le bien. Je ne sais pas toujours le faire. Mais si je fais le mal, je sais que c’est le mal, et ensuite, librement, je cherche à re-choisir le bien. C’est ma vie et je me sens libre pour la vivre. Bien sûr, j’ai parfois un peu de vertige. Au jour où nous supprimons du Notre Père l’expression « ne nous soumets pas à la tentation, je pense qu’on a raison de le faire parce que Dieu ne peut pas nous pousser vers le mal d’aucune manière (et du reste nous ne l’avons jamais cru) mais la liberté qu’il nous laisse a pour contrepartie de nous mettre devant nos responsabilités et nos limites de créature, notre « finitude » comme dit souvent père-abbé. Je n’entends jamais le texte d’Isaïe de tout à l’heure sans un peu de crainte : « Tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes ».

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