Le folklore qui entoure l’épiphanie et les mages cache un événement d’une grande modernité. Pourquoi ? Parce cette fête raconte qu’il est possible de venir à la foi, de découvrir le Christ et de le reconnaître comme Dieu, à partir du monde païen, à partir d’un milieu qui n’a jamais entendu préalablement parler de lui. Et un tel événement est un motif tout spécial d’espérance, aujourd’hui, où tant de nos contemporains ignorent l’Evangile du salut.

Je voudrais souligner trois attitudes des mages qui me semblent chacune pleine d’espérance, à travers quelques indications simples du récit de saint Matthieu : l’éveil de l’intérêt pour ce qui sort de l’ordinaire, le besoin du questionnement et enfin le consentement à être dépassé.

L’éveil de l’intérêt : Nous avons vu son étoile et nous sommes venus. Soudain, un intérêt émerge. Comment ces hommes ont-ils pu distinguer une étoile parmi les innombrables astres qui illuminent le ciel, alors que tant d’autres n’ont rien vu ? Pourquoi ont-ils vu ce qui, pour tant d’autres est passé inaperçu ? Je ne crois pas que Dieu s’amuse à se cacher aux yeux des hommes, au contraire, il veut se révéler. Mais ce qui caractérise ces Mages, c’est leur capacité à repérer un astre inhabituel au milieu de leurs constellations habituelles. En d’autres termes, ils savent s’émerveiller de ce que les autres considèrent comme banal parce qu’ils sont enfermés dans leurs pensées répétitives, dans leurs schémas de penser, dans la pensée unique, en boite, formatée, comme on en produit si facilement. Mais l’acte philosophique ne débute-t-il pas au contraire par l’émerveillement, par la capacité à se laisser émouvoir, le fameux étonnement socratique. Le christianisme, et plus précisément le catholicisme, a toujours accordé une valeur à un accès possible à Dieu à partir de la raison humaine, même si cette démarche ne dispense pas de l’acte de foi, les Mages tombent en adoration devant l’Enfant de Bethléem. Peut-être aussi ces hommes repèrent-ils l’étoile parce qu’ils ont fait une expérience de la nuit. Je ne sais pas si vous avez déjà contemplé la voûte étoilée lorsque la nuit est vraiment noire, vraiment profonde, loin des villes et de leur pollution lumineuse. Lorsque la nuit est la plus sombre, la lumière brille de l’éclat le plus vif. Je regardais récemment un tableau de Soulage, chez quelqu’un qui collectionne quelques œuvres contemporaines. C’est une peinture composée de traits noirs, et même plus que noirs, puisque Soulage parle d’outre-noir, c’est-à-dire qu’il repasse d’une épaisseur de peinture noire ce qu’il a déjà peint en noir. Et au milieu de ces traits profonds, une partie de la toile laissée blanche formait un faisceau de lumière, une trace, comme la traînée d’une étoile filante. C’est quand « les ténèbres couvrent la terre et que la nuée obscure couvre les peuples », comme nous dit Isaïe, que la lumière d’une étoile se repère. Il y a là, dans cette parole d’Isaïe comme dans le tableau de Soulage, un geste prophétique. N’est-ce pas quand les ténèbres du monde s’épaississent, ténèbres du matérialisme, de l’égoïsme, de la déshumanisation liée au refus de la transcendance, que se lèvent justement des hommes dont le désir de trouver la lumière d’une étoile, la lumière d’autre chose, se fait insatiable, brûlant. On peut y voir comme une revanche de l’Esprit qui se manifeste d’autant plus fortement dans les cœurs qu’il est plus manifestement nié par ailleurs dans le monde. Désir tellement fort qu’il met en route, en recherche.

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