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Sommes-nous facilement manipulables aujourd’hui, comme la foule montée contre Jésus par les grands-prêtres ? À l’ère de la liberté tous azimuts, vantée par les puissants de ce monde, nous pourrions penser que nous sommes tranquilles de ce côté-là. J’ai été impressionné, à l’âge de 16 ou 18 ans, d’avoir, à deux ou trois reprises, traversé le rideau de fer pour me rendre en Pologne ou dans ce qu’on appelait à l’époque l’Allemagne de l’Est. Nous n’avons plus, et c’est heureux, des miradors et des barbelés autour de nous. Et pourtant… En 1928, l’américain Edward Berneys écrivit un ouvrage devenu célèbre, Propaganda ou comment manipuler l’opinion publique en démocratie. Il y explique avec un certain cynisme et sans beaucoup d’éthique, qu’il existe une autre manière que la force pour obtenir ce que l’on veut, à savoir la fabrication du consentement, même contre le propre intérêt des gens. Convaincre l’opinion publique, par des leaders d’opinion qui donnent le la, par des figures d’autorité dont on se sert, parfois à leurs dépens : médecins, scientifiques, journalistes, sages... Comment faire élire un président, comment vendre une nouvelle marque de lessive ? Cela obéit parfois à des techniques assez similaires. Quels sont les grands-prêtres d’aujourd’hui, capables de soulever les foules pour servir des intérêts puissants, souvent cachés, au bénéfice par exemple de l’enrichissement privé plutôt que du bien commun ? Je suis inquiet de voir avec quelle absence d’esprit critique, avec quelle crédulité parfois, sont reçus des émissions ou des articles à charge, unilatéraux et sans nuance. « Ne crois pas tout ce qu’on te dit », avertissait déjà le livre de Ben Sirac le Sage (Si 19,15). A l’écoute de la Passion du Seigneur aujourd’hui et de tous les faux témoignages portés contre le Christ, nous pouvons nous souvenir de ce conseil de sagesse. Il faut vérifier par une contre-expertise ce qu’on nous dit, ce qu’on nous fait voir, ce qu’on écrit. Et ceci d’autant plus que la technique devient de plus en plus prégnante dans notre quotidien. Nous vivrons bientôt, si nous nous laissons faire, sous connexion continue, comme le malade vit sous perfusion ! Oui, il est fort probable que la liberté ne soit pas si bon marché que cela, dans le monde d’aujourd’hui. Celui qui veut devenir libre doit probablement commencer par reconnaître qu’il ne l’est pas, qu’il a une lutte à mener pour atteindre la liberté, reconnaître aussi qu’il n’y a pas de liberté sans véritable amour ni d’amour vrai sans liberté. Un jour, alors que Jésus discutait avec les juifs, à propos de la liberté, justement, et qu’eux se croyaient libres, il leur fit cette réponse : « qui commet le péché est esclave du péché... Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres. »

Voilà ce qui peut éclairer la seconde question que je me posais : comment la mort de Jésus sur la Croix il y a 2000 ans me concerne-t-elle aujourd’hui ? Car il s’agit bien du sens de cette mort, de sa signification. Le Christ, vrai Dieu et vrai homme, par sa mort sur la Croix, a accepté librement de prendre sur lui notre esclavage, notre refus d’aimer, tout ce qui, dans le monde, dit « non » à Dieu. La mort du Christ me concerne car elle vient transformer mes esclavages en liberté, si je me laisse sauver par lui. Je ne peux devenir libre par moi-même, j’ai besoin d’être libéré par un plus grand que moi. L’obstacle à la liberté n’est-il pas en effet de faire de nous-même notre propre bonheur, notre propre justice ? C’est de cela que le Christ nous libère. Il est celui qui m’a aimé et s’est livré pour moi, lui que le Père a envoyé dans le monde pour donner à l’humanité la liberté des enfants de Dieu. Ni le ciel, ni la terre ni les enfers n’ont pu garder le Christ captif de la mort. Sa victoire sur la mort, expression la plus haute de sa liberté, il nous la donne. Telle est notre espérance. Chrétiens, soyons donc dans le monde des hommes libres, à l’esprit éveillé, au service de liberté.

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