Intention de prière ?

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Frères et sœurs bien-aimés, comment lire l’évangile sans trop de naïveté : Dimanche dernier, Jésus a multiplié les pains ? Formidable, il est trop fort, ce Jésus, et il a été si gentil de s'occuper de tous ces pauvres gens qui avaient faim. Et puis ce dimanche, il marche sur la mer ? Encore plus fort, ce Jésus, le roi des effets spéciaux. Non ! voilà comment il ne faut pas lire l'évangile. Jésus superman, ça n'a pas de sens, pas d’intérêt pour les chrétiens. 

Les lecteurs assidus de saint Matthieu, en revanche, savent que cet évangéliste a constamment le souci de montrer à la jeune communauté chrétienne pour laquelle il écrit que Jésus récapitule toute l'histoire sainte, qu'il vient accomplir cette histoire. Matthieu a truffé son évangile de citations de l'Ancien Testament et d'allusions aux grands événements bibliques pour que nous comprenions cela. 

Alors, la multiplication des pains? C'est une allusion évidente à la manne donnée par Dieu au désert, mais c’est seulement une image : car Jésus a donné le jeudi saint, la nouvelle manne inépuisable, ce pain que nous rompons pour toujours à l'autel. Et la marche de Jésus sur la mer, ce matin ? Elle nous renvoie à la sortie d’Egypte, à la pâque juive, à la libération du peuple, car Dieu s'est montré le maître des flots de la Mer Rouge.

Pour devenir peuple de Dieu, il faut traverser la mer. Alors Jésus passe en tête, il marche sur la mer, il marche sur le lieu dangereux et le séjour des puissances infernales, comme il marchera sur la mort. Il marche sur la mer parce qu'il est celui grâce à qui nous aussi traverserons tous les dangers de nos vies, toutes les tempêtes et même les ravins de la mort. 


Vous connaissez le magnifique psaume 77 qui raconte la panique de la mer, quand Dieu s'approche: Les eaux t'ont vu, O Dieu, les eaux t'ont vu, et elles tremblaient. Dans la mer, tu as ouvert un chemin. Je pense aussi au chapitre 9 de Job : Dieu seul marche sur les crêtes de la mer. C'est exactement ce que fait Jésus dans l'évangile ce matin: pour la barque dans la tempête, la barque de notre Eglise, la barque de notre propre vie, Jésus traverse la mer, et nous rejoint, pour mener la traversée avec nous, jusqu'au bout, dans le calme, ou dans la joie de la résurrection, si vous préférez. Cette marche sur la mer est donc une scène de Pâque, une scène pascale. Si nous avions le temps d'étudier les détails de cette page de saint Matthieu, vous le verriez encore mieux. Je ne prends qu'un exemple: Matthieu dit que Jésus rejoint les disciples dans leur barque chahutée par la tempête, vers la fin de la nuit. Littéralement, dans le texte de Matthieu: A la quatrième veille de la nuit,  (c'est le dernier quart, c'est pratiquement l'aube). Cette notation horaire n'est pas au hasard, elle est destinée à nous rappeler Exode 14, 24: A la quatrième veille de la nuit, le Seigneur mit le désordre dans le camp des égyptiens, il bloqua les roues de leur char. Et Dieu dit à Moïse: "Etends la main sur la mer, que les eaux reviennent sur l'Egypte.Voilà: on est toujours sauvé à la même heure, avec le Seigneur: nous essuyons des tempêtes dans nos existences, souvent notre barque prend l’eau et les vents sont trop forts pour nous, et c’est parfois aussi la nuit noire, mais à la quatrième veille de la nuit, au petit matin, il ressuscite et il nous ressuscite, il nous a fait marcher sur la mer, et il triomphe des chars égyptiens qui persécutent nos vies, qui sont une figure de l’antique ennemi, et alors c'est Pâques.

Cette scène est tellement pascale qu’un certain nombre d’exégètes critiques au XIXème et au XXème siècles se sont interrogés pour savoir si ça n’était pas un récit d’apparition de Jésus après la résurrection, que l’évangéliste Matthieu aurait juste mis… pas à la bonne place. Je ne crois pas que Matthieu se soit trompé, mais c’est vrai que l’apparition de Jésus provoque l’effroi des disciples – ils croient voir un fantôme – phantasma écrit saint Matthieu, une illusion, un phantasme. Et cela nous fait penser à certains récits d’apparition pascale. Saint Matthieu montre à sa communauté chrétienne qu’il est toujours difficile de croire à Jésus ressuscité, vivant dans nos vies. 


Du reste, le rôle de Pierre, dans cet épisode, est tout à fait intéressant. Vous savez que saint Marc et saint Luc ne parlent que de Jésus marchant sur la mer, saint Matthieu lui, qui s’intéresse toujours au comportement des disciples (à la réalité ecclésiale), a un peu déplacé la caméra – si l’on ose dire – et qui focalise sur Pierre, un Pierre qui hésite d’abord, avec une formule terrible « Si c’est bien toi… » une formule qui fait penser à la tentation de Jésus au désert par Satan : « Si tu es le Fils de Dieu… ». Mais qui ensuite, marche sur les eaux pour aller vers Jésus. Or, voilà Pierre qui enfonce. Pourquoi ?

A mon avis, le catéchiste saint Matthieu est en train de parler à sa communauté chrétienne du baptême – qu’on célèbre à cette époque-là, uniquement au temps pascal. Baptizein, baptiser, en grec, veut dire « plonger ». Et que fait Pierre ? Il plonge. « Il eut peur, il commençait à s’enfoncer ». C’est toute l’ambiguïté de la démarche baptismale, il faut plonger, accepter d’aller au fond, noyer notre péché, pour rejaillir vivant, tiré des eaux de la mort par Jésus, notre sauveur, notre lumière. C’est la foi enthousiaste qui conduit le catéchumène dans l’eau du baptême, comme elle conduit Pierre sur la mer, mais tout à coup, la foi peut vaciller, notre vie est pleine de tant de peurs, nos limites, nos faiblesses sont si grandes, le chemin paraît si dangereux. Alors, s’il reste assez de foi, notre enthousiasme se mut en prière : « Seigneur, sauve-moi », s’écrie Pierre. Voilà le cri du chrétien qui a tout compris. C’est la phrase la plus importante de cet évangile : « Seigneur, sauve-moi ».  Et Jésus sauve Pierre, et il me sauve, et il sauve chacun d’entre vous.

Au bout du compte, il reste juste à faire ce que font les disciples dans la barque : se prosterner. Ils se prosternèrent devant lui en disant : Vraiment, tu es le Fils de Dieu. Dans la barque de l’Eglise de Mondaye, ce dimanche matin de résurrection, devant celui qui vient de marcher vainqueur sur la mer de tous nos démons, et qui nous a rejoints, prosternons-nous, mes frères, prosternons-nous, et adorons-le au plus profond de notre cœur.

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